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Hommage à Georges Séguy lors du CNF des 8 et 9 septembre 2016

Tout d’abord, je souhaite remercier la direction fédérale qui m’a proposé de dire quelques mots d’hommage à Georges en ouverture de ce CNF.
Un hommage confédéral sera rendu à Montreuil le 20 septembre.

Je voudrais commencer par une petite anecdote personnelle.
Non pas que j’aie bien connu SEGUY ; en fait, je ne l’ai vraiment un peu côtoyé de près, très rarement, qu’à partir du moment où il n’était plus secrétaire général de la CGT mais président de l’Institut d’Histoire Sociale qu’il avait créé.

Mais en 68, je n’étais pas encore dans le monde du travail, j’étais un jeune lycéen de 16 ans. Et pour le jeune lycéen, plutôt anar, que j’étais, la CGT et SEGUY c’était la trahison de la révolution que je croyais en marche.

Après l’occupation de la fac de Nanterre, interrogé sur un des meneurs du Mouvement du 22 mars, Daniel Cohn-Bendit, Seguy avait répondu avec un sourire malicieux : « Cohn-Bendit, qui est-ce ? ».
Cela m’avait choqué.
C’est donc trois ans après lorsque je suis devenu salarié et que je suis entré à la CGT que j’ai découvert un autre SEGUY que l’image déformée, et même calomniée, qu’en donnaient les adversaires de la CGT et les médias.

J’en retrace un bref aperçu du parcours de l’homme, travailleur, militant, responsable syndical et politique

Georges est né en 1927. Il est décédé cet été dans sa 90ème année.

Au printemps 42, le certificat d’études primaires en poche, il entre comme apprenti typographe dans une petite imprimerie de Toulouse qui travaille clandestinement pour la Résistance. Il adhère à la Jeunesse communiste, et après l’exécution par les nazis de Pierre Sémard, un ami de son père, il rejoint un réseau FTP.

Arrêté le 4 février 44 par la Gestapo avec tout le personnel de l’imprimerie de Toulouse où il travaille, il est déporté à 17 ans.
À son retour de déportation, il ne pèse plus que 38 kilos et la pleurésie qu’il a contractée à Mathausen lui interdit de reprendre son métier de typographe, il passe un essai professionnel et il entre à la SNCF en 1946.

Marié en 1949 avec Cécile Sedeillan, vendeuse, fille d’un cheminot dont elle est très tôt orpheline, Georges Séguy est père de trois enfants.
Cette même année 49, il est élu secrétaire général de la Fédération des cheminots, à 22 ans !
En 1954, il entre au comité central du Parti communiste français puis en 1956 il accède au bureau politique de ce parti. Il n’a pas encore 30 ans et est le plus jeune des dirigeants du PCF.

Le 16 juin 1967 il est élu secrétaire général de la CGT. Il succède au militant historique Benoît Frachon, dont il a 34 ans de moins.

C’est donc lui qui va diriger la CGT en mai juin 68. Et de quelle manière !

À ce propos comment ne pas être écoeuré par les hommages hypocrites et la réécriture de l’histoire à laquelle se sont livrés Hollande, Valls et El Khomri. Ils font mine de saluer la mémoire d’un dirigeant syndical qui savait conclure des accords, lui.
Ainsi Hollande a déclaré : « Durant toute sa vie, il incarna un syndicalisme offensif. Prêt à engager des luttes mais aussi à négocier de bons compromis. Il participa ainsi à de nombreuses avancées sociales dans notre pays »

Car ce qui est aujourd’hui appelé les « accords de Grenelle » avaient bien été signés par la CGT, mais ce n’était pas un accord, c’était un relevé des négociations. Et lorsque SEGUY va le présenter à Billancourt aux grévistes de Renault, il ne leur donne aucun ordre, aucune consigne ; il dresse l’état des points positifs et des points négatifs du résultat des négociations. Et leur dit : à vous de décider.

Dans son livre « Le mai de la CGT » Seguy raconte cette période et je vous en recommande la lecture et même la relecture, comme Philippe Martinez l’a fait en plein dans le mouvement contre la loi travail. C’est un livre passionnant et toujours d’actualité pour un militant syndical.
En vente avec d’autres livres de Georges à la table de l’IHS…

Au-delà du rôle éminent joué par lui en mai juin 68, SEGUY a engagé et mené de profondes mutations, modernisations de la CGT, durant la vingtaine d’années où il a assuré sa direction.
Ainsi, lors du 40e congrès de la CGT en 1978 de Grenoble, il engage la confédération dans une profonde démocratisation interne, qui permet entre autres l’émergence de nouveaux moyens d’expression directe des travailleurs. L’exemple le plus significatif de cette évolution est le soutien apporté par la CGT à la radio libre (donc illégale) Lorraine Cœur d’Acier pendant et après la lutte des sidérurgistes de Longwy en 1979-1980.
Georges Séguy avait aussi pris ses distances avec la Fédération syndicale mondiale, qu’il considérait trop inféodée aux syndicats des pays du bloc soviétique et donc à Moscou, et il avait donc décidé d’en quitter le secrétariat.

À ce même congrès de Grenoble, il propose aussi la création d’un Comité de liaison intersyndical permanent. Sa proposition, qui fait l’objet de profonds désaccords au sein de la direction confédérale et du Parti communiste, ne sera pas retenue par le congrès.
Il faut dire que la proposition était d’autant plus audacieuse qu’elle intervenait à un moment où la CFDT entamait son « recentrage » en jetant par-dessus bord tout ce qui avait permis l’accord d’unité d’action de 1966 entre la CGT et la CFDT.
Mais il faut noter que 15 ans après, Louis VIANNET poursuivait cette démarche, avec le concept de syndicalisme rassemblé, avec la décision de quitter la FSM et en mettant fin à la présence du secrétaire général de la CGT au Bureau politique du PCF.
Quelques mots d’actualité au sujet du syndicalisme rassemblé.
Hier s’est tenu à Nantes un meeting de rentrée intersyndical avec Philippe Martinez, Jean-Claude Mailly, Bernadette Groison de la FSU, William Martinet de l’UNEF et Eric Beynel de Solidaires. À ma connaissance c’est la première fois que se tient un tel meeting syndical unitaire de rentrée. Et ce WE, les mêmes dirigeants de ces organisations syndicales participeront ensemble à un débat à la fête de l’Huma. Pour un dirigeant de FO, c’est une première. Je suis sûr et certain que Georges se serait réjoui de tels événements.

En 1982, à l’âge de la retraite cheminote (55 ans) SEGUY quitte la direction de la CGT, montrant ainsi qu’il n’est pas accro au pouvoir et qu’il veut demeurer un travailleur comme les autres.
Mais il restera militant. Il anime un appel de 100 personnalités pour la Paix (Appel des 100) et contre l’installation en Europe de fusées atomiques américaines.
De 1982 à 2002, il est président de l’Institut CGT d’histoire sociale (IHS-CGT) dont il est l’un des fondateurs. À partir de 2002, il en est le président d’honneur.

En 1998, il reçoit la légion d’honneur des mains du Professeur Jacquard et sur proposition de Gayssot ministre des Transports. Lors de cette cérémonie il déclare notamment : « C’est un honneur que je partage avec toute mon organisation syndicale", "La CGT est en train de changer ; (...) elle doit encore faire beaucoup d’efforts pour être à la hauteur des changements qui se produisent en France, en Europe et dans le monde ».

Il assistait presque toujours aux congrès confédéraux, sans jamais intervenir dans les débats. Sauf au 50ème congrès qui s’est tenu à Toulouse, sa ville natale, et où la direction confédérale avait sollicité une intervention de sa part. Il y déclara : « il ne suffit pas de s’indigner, il faut s’engager ».

Et puis, lors des affaires qui devaient conduire Thierry LEPAON à sa démission, il était sorti de sa réserve pour inviter la CGT, le 15 décembre 2015 dans L’Humanité, à « trouver la solution qui s’impose d’urgence ».

Georges aura été jusqu’au bout fidèle à ses convictions, ses engagements, et en dépit des malheurs qui se sont abattus sur lui dans les dernières années de sa vie, avec le décès de sa compagne, puis ses graves problèmes de santé, il a toujours conservé cette bonhomie, cette truculence qui le caractérisaient.

Un exemple de cette truculence :
Le 17 août 1975, alors que Jacques Chirac, alors Premier ministre, vient d’affirmer à propos de la crise que l’on aperçoit « la sortie du tunnel », Georges Séguy lui répond que « s’il voit le bout du tunnel, c’est qu’il marche à reculons et qu’il confond l’entrée avec la sortie ».

C’est aussi cet aspect, sa bonhomie, sa jovialité, qui faisaient que les militants de toutes générations, au-delà du respect qu’il inspirait, aimaient Georges SEGUY, plus que comme un camarade, comme un ami, un frère, un père.
Et c’est ce qui explique du coup la très grande émotion provoquée par sa disparition à la veille de sa 90ème année cet été.

Par Philippe Coanet, président de l’IHS CGT FDSP

Hommage à Georges Séguy lors du CNF des 8 et 9 septembre 2016

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